La France officialise le lancement de sa plateforme nationale de calcul quantique

20 Jan 2022 | Actualités | 0 commentaires

L’informatique quantique doit permettre d’atteindre une puissance de calcul inédite. Il y a un an, Emmanuel Macron avait présenté un plan national de 1,8 milliard d’euros s’étalant sur cinq ans pour faire de la France un leader mondial du secteur.

La France ajoute une corde à son arc dans les technologies quantiques. La ministre des Armées Florence Parly, la ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal, ainsi que le secrétaire d’État chargé de la Transition Numérique et des Communications Électroniques Cédric O ont annoncé le lancement d’une plateforme nationale de calcul quantique à l’occasion d’un colloque en présence du secrétaire général pour l’Investissement, Guillaume Boudy.

Avec cette plateforme, l’objectif est de coupler des machines quantiques à un supercalculateur classique, de manière à créer des systèmes hybrides qui permettront de décupler les performances pour réaliser des calculs complexes. Le premier couplage du genre est programmé à l’horizon 2023. Soutenue par l’Inria, la plateforme sera hébergée au Très Grand centre de calcul implanté au CEA DAM (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables), situé à Bruyères-le-Châtel (Île-de-France). Il s’agit de l’un des plus importants centres de calcul européens.

Plusieurs types de machines quantiques pourront faire l’objet de tests sur cette plateforme. “Le calcul quantique s’appuie sur des propriétés de la matière qui n’existent qu’à l’échelle de l’infiniment petit. À pleine maturité, il permettrait d’effectuer certains calculs jusqu’à 1 milliard de fois plus vite qu’une technologie de calcul classique, y compris avec les technologies de supercalculateurs actuels, ce qui ouvre la voie à la résolution d’une série de problèmes actuellement non solubles dans un temps humain”, indique le cabinet de Cédric O.

Le calcul quantique pour “enclencher des révolutions technologiques”

En effet, l’informatique quantique doit permettre d’atteindre une puissance de calcul inédite, largement supérieure aux capacités des ordinateurs classiques. Ces derniers manipulent des informations élémentaires, les bits, qui ne peuvent se trouver que dans deux états : 0 ou 1. Or dans l’informatique quantique, les opérations sont basées sur la manipulation de qubits qui peuvent se trouver dans plusieurs états à la fois.

C’est cette superposition des états qui permet d’obtenir une puissance de calcul démultipliée, et donc d’aboutir à des algorithmes capables de résoudre les problèmes les plus complexes. “Dans les deux prochaines décennies, le quantique pourrait enclencher des révolutions technologiques et des avancées majeures dans de nombreux secteurs d’importance vitale, tant dans le domaine civil que militaire, par exemple pour l’observation de la Terre et l’anticipation des catastrophes naturelles ; pour la modélisation d’un agent infectieux et de remèdes médicaux adaptés ; pour une meilleure compréhension de la photosynthèse afin de mieux capturer l’énergie solaire et capter le CO2 atmosphérique”, explique le cabinet de Cédric O.

Le Graal absolu est de créer l’ordinateur quantique universel qui sera capable de traiter des masses de données gigantesques et de réaliser des opérations allant bien au-delà de notre imagination. Mais avant d’y parvenir, la route est encore longue et cette plateforme nationale de calcul quantique doit constituer un levier supplémentaire pour permettre à la France d’être un leader mondial du secteur. “La nouvelle plateforme sera mise à disposition d’experts, de chercheurs, de start-up et d’industriels. Elle sera un espace de test, de synergie et de découverte pour exploiter tout le potentiel de cette technologie”, a précisé la ministre des Armées, Florence Parly, sur Twitter. Parmi les entreprises tricolores du secteur, Pasqal apparaît comme l’une des plus avancées. La start-up a notamment levé 25 millions d’euros en juin 2021 pour développer un ordinateur quantique capable de dépasser 1000 qubits. Autre acteur français, la société Quandela, spécialiste de la photonique quantique, a bouclé un tour de table de 15 millions d’euros en novembre 2021 pour proposer un premier ordinateur quantique photonique en 2022.

Une première enveloppe de 70 millions d’euros pour cette plateforme

Pour faire de la France un fer de lance mondial de l’informatique quantique, Emmanuel Macron avait présenté en janvier 2021 un plan d’investissement national de 1,8 milliard d’euros s’étalant sur cinq ans. Dans cette somme, un milliard d’euros provient de l’État seul. Les 800 millions restants seraient issus d’engagements pris par des acteurs industriels (500 millions), de financements européens (200 millions) et d’investisseurs liés à l’écosystème français de start-up (100 millions). Cela doit permettre d’injecter 200 millions d’euros par an dans le secteur, contre 60 millions auparavant. À titre de comparaison, seuls les États-Unis et la Chine dépensent plus dans l’informatique quantique.

Ce plan, qui vise à créer 16 000 emplois dans le secteur d’ici 2030, a permis d’allouer 70 millions au lancement de la plateforme nationale de calcul quantique. Il s’agit d’un premier investissement émanant du Programme d’investissements d’avenir (PIA) sur un objectif total de 170 millions d’euros. Les 100 millions restants devraient provenir d’acteurs industriels et de l’Union européenne.

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