Parcs éoliens, installations photovoltaïques, systèmes de stockage et réseaux électriques connectés transforment progressivement le paysage énergétique. Cette évolution crée également de nouvelles dépendances et de nouvelles vulnérabilités qu’il devient indispensable d’intégrer dès la conception des infrastructures.
Objectif
La transition énergétique transforme profondément les infrastructures de production, de stockage et de distribution de l’énergie.
Le développement :
- de l’éolien terrestre et offshore ;
- du photovoltaïque ;
- des systèmes de stockage par batteries ;
- des réseaux électriques intelligents ;
- des dispositifs de pilotage à distance ;
contribue progressivement à modifier l’architecture du système énergétique.
Cette transformation ne constitue pas uniquement un défi industriel ou environnemental.
Elle représente également un enjeu de sécurité et de résilience.
Les infrastructures énergétiques modernes sont de plus en plus connectées, automatisées, distribuées géographiquement et interdépendantes.
Elles peuvent ainsi être confrontées simultanément à :
des risques physiques ;
des cybermenaces ;
des événements climatiques ;
des défaillances techniques ;
des ruptures de télécommunications ;
des dépendances industrielles ou logistiques.
L’objectif n’est donc plus seulement de produire une énergie décarbonée.
Il faut également être capable de protéger, maintenir et rétablir les capacités énergétiques en situation perturbée.
1. La transition énergétique transforme la géographie des infrastructures
Le système énergétique traditionnel reposait largement sur de grandes installations centralisées reliées à des réseaux de transport et de distribution.
Le développement des énergies renouvelables modifie progressivement cette organisation.
La production devient davantage distribuée.
Un territoire peut désormais accueillir :
- des parcs éoliens ;
- des installations photovoltaïques ;
- des unités de stockage ;
- des installations d’autoconsommation ;
- des postes électriques ;
- des équipements connectés permettant de piloter la production ou la consommation.
Cette décentralisation peut apporter de nouvelles capacités.
Mais elle augmente également le nombre d’équipements et de sites qu’il faut superviser, maintenir et sécuriser.
2. Des installations parfois isolées et difficiles à surveiller
Contrairement à certaines installations industrielles concentrées sur un périmètre relativement limité, les infrastructures renouvelables peuvent occuper des surfaces importantes.
Un parc photovoltaïque ou éolien peut comporter de nombreux équipements répartis sur un vaste territoire.
Certaines installations peuvent également être éloignées des centres urbains.
Cette configuration crée des enjeux spécifiques :
- contrôle des accès ;
- détection des intrusions ;
- surveillance des équipements ;
- protection contre le vol ;
- protection contre le vandalisme ;
- intervention en cas d’incident.
La sécurité physique doit donc être adaptée à la configuration réelle de chaque site.
3. Les installations offshore présentent des contraintes particulières
Les parcs éoliens en mer constituent un exemple particulièrement intéressant.
Leur environnement complique :
- l’accès ;
- la maintenance ;
- l’intervention d’urgence ;
- l’évacuation ;
- la surveillance ;
- la réparation après un événement majeur.
Ils doivent également fonctionner dans un environnement maritime pouvant être soumis à des conditions météorologiques difficiles.
La protection de ces installations doit donc prendre en compte simultanément :
la sûreté ;
la sécurité maritime ;
les risques professionnels ;
la cybersécurité ;
la continuité d’activité.
4. La numérisation crée une nouvelle surface d’exposition
Les infrastructures énergétiques modernes reposent largement sur des systèmes numériques.
La production peut être surveillée ou pilotée à distance grâce à :
- des automates ;
- des capteurs ;
- des systèmes industriels de contrôle ;
- des réseaux de communication ;
- des logiciels de supervision ;
- des plateformes de maintenance.
Cette numérisation permet d’améliorer considérablement la performance et la maintenance.
Mais elle crée également une nouvelle surface d’exposition aux cybermenaces.
Une infrastructure physiquement inaccessible peut parfois être exposée numériquement.
La cybersécurité devient donc indissociable de la sûreté des installations.
5. Les systèmes industriels nécessitent une approche spécifique
La cybersécurité industrielle ne peut pas toujours être abordée exactement comme celle d’un système informatique administratif classique.
Les environnements industriels peuvent comporter :
- des équipements fonctionnant pendant de longues périodes ;
- des systèmes difficiles à interrompre ;
- des technologies anciennes ;
- des protocoles spécifiques ;
- des équipements de différents constructeurs ;
- des contraintes fortes de disponibilité.
Dans certains environnements, une mise à jour ou une modification mal maîtrisée peut elle-même perturber la production.
La sécurité doit donc rechercher un équilibre entre :
confidentialité ;
intégrité ;
disponibilité ;
sûreté de fonctionnement.
6. La convergence IT/OT devient un enjeu majeur
Les infrastructures énergétiques illustrent parfaitement la convergence entre deux univers.
IT – Information Technology
Systèmes informatiques classiques :
- messagerie ;
- applications ;
- serveurs ;
- bases de données ;
- outils de gestion.
OT – Operational Technology
Systèmes permettant de superviser ou contrôler des processus physiques :
- automates ;
- systèmes industriels ;
- capteurs ;
- équipements de contrôle ;
- supervision.
La connexion croissante entre IT et OT facilite les échanges d’informations.
Mais elle peut également permettre à une compromission informatique de produire des conséquences physiques.
Cette convergence constitue aujourd’hui l’un des principaux enjeux de sécurité industrielle.
7. Le risque cyber peut devenir un risque opérationnel
Une cyberattaque contre une infrastructure énergétique ne vise pas nécessairement uniquement le vol d’informations.
Selon la nature du système compromis, elle peut également chercher à :
- perturber la supervision ;
- rendre certains équipements indisponibles ;
- compromettre des systèmes de maintenance ;
- modifier ou rendre indisponibles certaines données ;
- interrompre des communications ;
- perturber la continuité d’activité.
La frontière entre incident informatique et incident industriel devient donc de plus en plus faible.
Une stratégie de sécurité doit intégrer cette réalité.
8. La chaîne d’approvisionnement constitue une autre vulnérabilité
Une infrastructure énergétique dépend rarement d’un seul acteur.
Elle peut faire intervenir :
- constructeurs ;
- intégrateurs ;
- fournisseurs de logiciels ;
- sociétés de maintenance ;
- opérateurs télécoms ;
- prestataires de sécurité ;
- fournisseurs de composants ;
- sous-traitants spécialisés.
Chaque relation crée une dépendance supplémentaire.
Un incident chez un prestataire peut parfois avoir des conséquences sur l’installation elle-même.
La sécurité doit donc également prendre en compte la chaîne d’approvisionnement.
Cela suppose notamment d’identifier :
- les fournisseurs critiques ;
- les accès à distance ;
- les dépendances technologiques ;
- les pièces ou équipements difficiles à remplacer ;
- les responsabilités contractuelles.
9. Les actes de malveillance ne sont pas uniquement numériques
La transformation numérique ne doit pas faire oublier les menaces physiques.
Selon le site et son environnement, une infrastructure peut être confrontée à :
- intrusion ;
- vandalisme ;
- vol de matériels ;
- dégradation volontaire ;
- sabotage ;
- atteinte à certains équipements techniques.
La protection doit être proportionnée à la criticité réelle de l’installation et aux conséquences possibles de son indisponibilité.
Tous les sites énergétiques ne nécessitent donc pas le même niveau de protection.
10. Protection physique : construire plusieurs niveaux de sécurité
La sûreté d’un site peut reposer sur plusieurs couches complémentaires.
Selon l’analyse des risques, cela peut notamment comprendre :
- délimitation du périmètre ;
- contrôle des accès ;
- détection d’intrusion ;
- éclairage adapté ;
- vidéoprotection lorsque celle-ci est pertinente et juridiquement autorisée ;
- surveillance humaine ;
- procédures d’alerte ;
- organisation de l’intervention.
Aucun dispositif technique ne doit être considéré isolément.
Une caméra ne protège pas un site à elle seule.
Un système de détection n’est utile que si une organisation permet d’analyser l’alerte et d’y répondre.
11. Les systèmes de stockage introduisent de nouveaux risques
Le développement des énergies renouvelables s’accompagne d’un besoin croissant de stockage.
Les systèmes de batteries peuvent contribuer à stabiliser le réseau et à stocker l’énergie produite.
Mais ces installations nécessitent une gestion spécifique des risques.
Selon les technologies employées, les problématiques peuvent notamment concerner :
- incendie ;
- emballement thermique ;
- propagation ;
- fumées ;
- intervention des secours ;
- isolement des équipements ;
- surveillance thermique.
La sécurité énergétique doit donc également intégrer les problématiques de sécurité incendie et de sécurité industrielle.
12. Le changement climatique devient lui-même un facteur de sécurité
La transition énergétique cherche notamment à réduire les conséquences futures du changement climatique.
Mais les infrastructures construites aujourd’hui doivent parallèlement être capables de fonctionner dans un environnement climatique évolutif.
Selon leur implantation, elles peuvent être exposées à :
- tempêtes ;
- vents violents ;
- inondations ;
- vagues de chaleur ;
- incendies ;
- sécheresses ;
- phénomènes côtiers.
L’analyse des risques doit donc prendre en compte non seulement les conditions actuelles, mais également l’évolution possible des aléas pendant la durée de vie de l’installation.
13. La résilience commence dès la conception
Une infrastructure résiliente ne se construit pas après un incident.
La résilience doit être intégrée dès les premières étapes du projet.
Cela suppose notamment de réfléchir à :
- la redondance ;
- la segmentation des réseaux ;
- les solutions de secours ;
- les capacités de fonctionnement dégradé ;
- les pièces de rechange ;
- les moyens alternatifs de communication ;
- les délais de réparation ;
- les dépendances extérieures.
Cette approche peut être résumée par plusieurs principes :
Security by design ;
Cybersecurity by design ;
Safety by design ;
Resilience by design.
14. Identifier les fonctions réellement critiques
Toutes les composantes d’une installation n’ont pas nécessairement la même importance.
L’organisation doit donc déterminer :
- quels équipements sont indispensables ;
- quelles fonctions doivent être maintenues ;
- quelles dépendances peuvent provoquer un arrêt ;
- quels délais d’interruption sont acceptables ;
- quelles solutions alternatives existent.
Cette cartographie permet de concentrer les moyens de protection sur les éléments dont la perte aurait les conséquences les plus importantes.
Protéger efficacement ne signifie pas tout protéger de manière identique.
15. La continuité d’activité doit être préparée
La prévention ne permettra jamais de supprimer totalement les incidents.
Il faut donc également préparer leur survenue.
Un opérateur doit notamment réfléchir à la manière dont il pourra :
- détecter l’événement ;
- qualifier son impact ;
- isoler la zone concernée ;
- maintenir les fonctions essentielles ;
- communiquer ;
- mobiliser les équipes ;
- réparer ;
- reprendre progressivement l’activité.
La continuité d’activité devient ainsi une composante directe de la sécurité des infrastructures énergétiques.
16. Les exercices permettent de vérifier la préparation réelle
Un plan non testé peut contenir :
- des numéros obsolètes ;
- des responsabilités mal définies ;
- des procédures impossibles à appliquer ;
- des dépendances inconnues ;
- des délais irréalistes.
Les exercices permettent de confronter l’organisation à ces difficultés avant une véritable crise.
Ils peuvent notamment porter sur :
- cyberattaque ;
- intrusion ;
- incendie ;
- indisponibilité d’un système ;
- perte de communication ;
- événement climatique ;
- interruption prolongée d’une infrastructure.
Le retour d’expérience doit ensuite permettre d’améliorer les procédures.
17. Le cadre européen renforce progressivement les exigences de résilience
La protection des infrastructures essentielles évolue également au niveau européen.
Deux textes structurants occupent une place particulière :
Directive NIS2
Elle renforce le cadre européen relatif à la cybersécurité de nombreuses entités importantes ou essentielles, notamment dans le secteur énergétique.
Directive CER
La directive relative à la résilience des entités critiques vise à renforcer la capacité de certaines organisations essentielles à prévenir, résister et réagir aux perturbations.
Ces deux approches sont complémentaires.
L’une insiste particulièrement sur la cybersécurité.
L’autre développe une approche plus large de résilience des entités critiques.
Cette évolution illustre la convergence progressive entre cybersécurité, sécurité physique et continuité d’activité.
18. L’ANSSI occupe une place centrale dans la cybersécurité
En France, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information – ANSSI joue un rôle majeur dans la cybersécurité nationale.
Elle accompagne notamment la sécurisation des systèmes d’information et publie de nombreux référentiels et recommandations.
Pour les opérateurs énergétiques, cette culture de cybersécurité doit être intégrée :
- à la gouvernance ;
- aux projets industriels ;
- aux relations avec les fournisseurs ;
- à la maintenance ;
- aux procédures de crise.
La cybersécurité ne doit donc plus être considérée comme la seule responsabilité du service informatique.
19. La sécurité repose sur une coopération public-privé
Les infrastructures énergétiques sont souvent exploitées par des acteurs économiques alors que leur fonctionnement peut présenter un intérêt important pour les territoires et la Nation.
La sécurité implique donc des interactions entre :
- opérateurs ;
- services de l’État ;
- collectivités ;
- autorités compétentes ;
- forces de sécurité ;
- services de secours ;
- acteurs de la cybersécurité.
Cette coopération doit être organisée avant l’incident.
Les premiers échanges entre acteurs ne devraient jamais avoir lieu au moment où une crise majeure commence.
20. Former les personnels : une protection indispensable
Une infrastructure peut disposer d’excellentes technologies tout en restant vulnérable si les personnes qui l’exploitent ne comprennent pas les risques.
La culture de sécurité doit concerner :
- direction ;
- techniciens ;
- exploitants ;
- maintenance ;
- informatique ;
- sûreté ;
- prestataires.
Les personnels doivent notamment savoir :
- identifier une situation anormale ;
- appliquer les procédures ;
- signaler un incident ;
- protéger les informations sensibles ;
- réagir sans aggraver la situation.
La sécurité devient alors une responsabilité collective de l’organisation.
Points de vigilance
« Toutes les installations renouvelables sont des infrastructures critiques »
Non.
La qualification juridique et le niveau de criticité dépendent notamment de l’activité, de l’entité, de son rôle dans le système énergétique et du cadre réglementaire applicable.
« La principale menace est la cyberattaque »
Non.
Les risques physiques, industriels, environnementaux, humains et logistiques doivent également être pris en compte.
« Une infrastructure isolée est moins exposée »
Pas nécessairement.
Son isolement peut compliquer la surveillance et l’intervention, tandis que sa connectivité peut créer une exposition numérique.
« Installer davantage de caméras suffit à sécuriser un site »
Non.
La sécurité repose sur une combinaison de prévention, détection, organisation et capacité d’intervention.
« Une sauvegarde informatique suffit pour assurer la résilience »
Non.
La résilience implique également les personnels, les équipements industriels, les communications, les fournisseurs, la logistique et la continuité opérationnelle.
Bonnes pratiques
Pour renforcer la sécurité d’une infrastructure énergétique renouvelable :
1. Réaliser une analyse globale des risques.
Intégrer les menaces physiques, cyber, industrielles, climatiques et humaines.
2. Identifier les fonctions critiques.
Déterminer les équipements et processus indispensables au maintien de l’activité.
3. Segmenter les environnements numériques.
Limiter les possibilités de propagation entre systèmes IT et OT.
4. Maîtriser les accès physiques et numériques.
Appliquer le principe du besoin d’en connaître et limiter les privilèges inutiles.
5. Sécuriser les relations avec les prestataires.
Identifier les accès distants, dépendances et fournisseurs critiques.
6. Préparer le fonctionnement dégradé.
Déterminer comment maintenir les fonctions essentielles lorsqu’un système devient indisponible.
7. Préparer la gestion de crise.
Définir les responsabilités, procédures et circuits d’alerte.
8. Organiser régulièrement des exercices.
Tester les procédures puis exploiter les retours d’expérience.
RETEX : la sécurité énergétique doit être pensée comme un système
Les incidents affectant les infrastructures montrent régulièrement qu’une perturbation initialement limitée peut produire des conséquences beaucoup plus larges en raison des interdépendances.
Un équipement peut dépendre d’un réseau.
Le réseau peut dépendre d’une télécommunication.
La télécommunication peut dépendre d’une alimentation électrique.
L’intervention peut dépendre d’un prestataire.
Le prestataire peut lui-même dépendre d’un système numérique.
La sécurité ne doit donc pas analyser uniquement l’installation elle-même, mais l’écosystème dont elle dépend.
À retenir
La transition énergétique transforme également les enjeux de sécurité.
Les infrastructures renouvelables sont plus distribuées, davantage connectées et intégrées à des systèmes énergétiques complexes.
Leur protection doit donc combiner :
sûreté physique ;
cybersécurité ;
sécurité industrielle ;
adaptation climatique ;
continuité d’activité ;
gestion de crise.
L’objectif n’est plus uniquement d’empêcher un incident.
Il est également de garantir la capacité à continuer, s’adapter et reconstruire lorsqu’un incident survient.
Ressources et références institutionnelles
- Ministère de la Transition écologique – Politique énergétique et énergies renouvelables
- Ministère chargé de l’Énergie – Sécurité et politique énergétique
- ANSSI – Cybersécurité des systèmes industriels et infrastructures essentielles
- Commission européenne – Sécurité et résilience du système énergétique
- Directive européenne NIS2 – Cybersécurité des entités essentielles et importantes
- Directive européenne CER – Résilience des entités critiques
- RTE – Sécurité et fonctionnement du système électrique français
- ADEME – Transition énergétique et énergies renouvelables
- INRS – Prévention des risques professionnels et industriels
- SGDSN – Protection et résilience des activités essentielles
Publication ADESS – Approche opérationnelle
ADESS – Association des Experts en Sécurité et Sûreté
Cette publication a une finalité d’information, de prévention et de sensibilisation aux enjeux de sécurité et de résilience des infrastructures énergétiques. Elle ne constitue ni une analyse de sûreté d’une installation particulière, ni une procédure technique d’intervention, ni une recommandation individualisée de cybersécurité.
Anonyme – ID :

