Le Comité d’éthique de la défense : vers une gouvernance élargie de la sécurité globale
Introduction
Dans un contexte de transformation profonde des conflictualités, marqué par l’émergence de menaces hybrides, technologiques et diffuses, la question de l’éthique appliquée à la défense s’impose comme un enjeu stratégique majeur.
La création en 2020, sous l’impulsion de Florence Parly, du Comité d’éthique de la défense (COMEDEF) s’inscrit dans cette dynamique. Cette instance de réflexion vise à anticiper les mutations liées notamment aux systèmes d’armes autonomes (SALA), au cyberespace et à l’intelligence artificielle.
Au-delà d’un cadre purement militaire, cette évolution traduit une ouverture progressive de la réflexion stratégique aux acteurs civils, industriels et académiques. Elle interroge directement la place des structures comme l’ADESS dans une approche globale et intégrée de la sécurité.
I. Une évolution doctrinale : de la guerre classique aux conflits hybrides
La réflexion éthique sur la guerre n’est pas nouvelle. Des penseurs comme Sun Tzu ou Carl von Clausewitz ont posé les bases d’une compréhension stratégique des conflits.
La notion de « guerre juste », développée notamment par Thomas Aquinas, repose sur plusieurs principes fondamentaux : légitimité de l’autorité, cause juste, proportionnalité et dernier recours.
Ces principes trouvent encore aujourd’hui un écho dans le droit international, notamment à travers la Nations Unies, dont la charte encadre l’usage de la force et reconnaît le droit à la légitime défense.
Cependant, l’évolution des menaces remet en question ces cadres traditionnels. Les cyberattaques, les opérations d’influence ou encore les systèmes autonomes rendent plus complexe l’attribution des responsabilités et brouillent les frontières entre paix et guerre.
Ce « brouillard de la guerre », théorisé par Clausewitz, trouve aujourd’hui une résonance particulière dans les conflits contemporains.
II. Le COMEDEF : une réponse aux transformations stratégiques
Face à ces mutations, la France a engagé une adaptation de son architecture de défense. La création du COMCYBER en 2017 illustre cette volonté d’intégrer pleinement le cyberespace dans les capacités militaires.
Dans cette continuité, le COMEDEF a été conçu comme un espace de réflexion pluridisciplinaire, réunissant :
- des experts scientifiques
- des universitaires
- des représentants des forces armées
- des acteurs institutionnels et industriels
Cette diversité constitue la force du comité. Elle permet d’aborder les enjeux éthiques sous différents angles : technologique, juridique, opérationnel et sociétal.
Le COMEDEF ne se limite pas à une réflexion théorique. Il vise à orienter les décisions stratégiques et à accompagner l’évolution des doctrines de défense dans un environnement incertain.
III. Vers une intégration renforcée des acteurs civils dans la défense
L’un des apports majeurs du COMEDEF réside dans la reconnaissance du rôle croissant de la société civile dans les questions de défense.
Les conflits contemporains mobilisent désormais l’ensemble des ressources nationales : institutions, entreprises, chercheurs, citoyens. Cette approche s’inscrit dans une logique de sécurité globale, où la résilience collective devient un facteur clé.
Les recommandations du COMEDEF soulignent notamment :
- la nécessité de créer des espaces de dialogue entre acteurs publics, privés et associatifs
- l’importance de mobiliser les compétences civiles dans l’effort de défense
- le besoin de développer une culture stratégique partagée
IV. ADESS : un acteur structurant entre société civile et stratégie de défense
Dans cette architecture élargie, l’ADESS s’inscrit comme un acteur d’interface entre les institutions, les professionnels de la sécurité et la société civile.
Forte d’un réseau de plusieurs centaines d’experts et de praticiens, l’association dispose d’une capacité unique à fédérer des compétences issues de milieux variés : sécurité publique et privée, gestion de crise, renseignement, formation, monde académique.
Dans une logique alignée avec les orientations du COMEDEF et une approche stratégique de type SEEEI, l’ADESS peut contribuer à plusieurs niveaux :
Elle participe à la diffusion d’une culture de la sécurité et de la défense, en sensibilisant les citoyens et les organisations aux risques contemporains.
Elle favorise la création de passerelles entre les acteurs institutionnels et les expertises de terrain, en facilitant le dialogue et la coopération.
Elle accompagne la montée en compétence des acteurs locaux à travers des formations, notamment en gestion de crise et en premiers secours.
Elle peut également, dans certaines situations, appuyer la réflexion stratégique en mobilisant ses experts et ses outils d’analyse dans une logique d’aide à la décision.
V. Vers une communauté de défense élargie et résiliente
L’enjeu majeur réside désormais dans la structuration d’une véritable communauté de défense, capable de répondre aux crises majeures sans reposer exclusivement sur les capacités étatiques.
Dans ce cadre, l’ADESS développe des partenariats avec différents acteurs, notamment institutionnels et opérationnels, et participe à des événements majeurs du secteur (Préventica, Milipol, APS, Expoprotection).
Ces initiatives permettent de renforcer les synergies, de partager les connaissances et de construire une réponse collective face aux menaces.
Conclusion
La création du Comité d’éthique de la défense marque une étape importante dans l’évolution de la pensée stratégique française.
Elle consacre une approche plus ouverte, plus transversale et plus intégrée de la sécurité, où l’éthique devient un facteur structurant de la décision.
Dans cette dynamique, des acteurs comme l’ADESS ont un rôle essentiel à jouer, en contribuant à la fois à la réflexion, à la sensibilisation et à l’action.
L’avenir de la défense repose désormais sur une capacité collective à anticiper, comprendre et agir, dans le respect des valeurs fondamentales et des principes démocratiques.
Sources
- Ministère des Armées – Comité d’éthique de la défense (COMEDEF)
- Avis sur la place des acteurs civils dans une stratégie de défense globale
- Nations Unies
- COMCYBER
Christopher JOST – Président ADESS
