Uranium appauvri en zone de conflit : comprendre les risques radiologiques et chimiques

Uranium appauvri en zone de conflit : comprendre les risques radiologiques et chimiques

L’uranium appauvri peut être présent dans certaines munitions et certains équipements militaires. Après un conflit, les zones d’impact et les matériels endommagés peuvent constituer des environnements à risque nécessitant identification, évaluation et mesures de prévention adaptées.

Objectif

Cette publication vise à présenter les principales caractéristiques de l’uranium appauvri (UA) et à expliquer les risques susceptibles d’être rencontrés dans des environnements où des munitions contenant ce matériau ont été employées.

L’objectif n’est pas de fournir une procédure d’intervention spécialisée.

Il s’agit de permettre aux professionnels de la sécurité, de la sûreté, de la gestion de crise et de la prévention de mieux comprendre :

  • ce qu’est l’uranium appauvri ;
  • pourquoi il peut être utilisé dans certains équipements militaires ;
  • dans quelles circonstances une exposition peut survenir ;
  • la différence entre irradiation et contamination ;
  • les principales voies d’exposition ;
  • les comportements de prévention à privilégier.

Une zone suspectée de contamination radiologique ne doit pas faire l’objet d’une intervention improvisée. L’évaluation et la prise en charge relèvent de personnels formés et équipés pour le risque concerné.

1. Qu’est-ce que l’uranium appauvri ?

L’uranium est un élément naturellement présent dans l’environnement.

L’uranium naturel est principalement constitué de plusieurs isotopes, notamment :

  • uranium 238 (U-238) ;
  • uranium 235 (U-235) ;
  • une très faible proportion d’uranium 234 (U-234).

L’U-238 représente l’immense majorité de l’uranium naturel.

L’U-235 est notamment important en raison de ses propriétés fissiles.

Pour certains usages nucléaires civils, l’uranium naturel peut subir un processus d’enrichissement visant à augmenter la proportion d’U-235.

Ce processus produit parallèlement une matière dont la proportion d’U-235 est inférieure à celle de l’uranium naturel :

l’uranium appauvri.

2. Pourquoi utiliser de l’uranium appauvri ?

L’uranium appauvri possède plusieurs propriétés physiques particulières.

L’une des plus importantes est sa densité très élevée, proche de 19 g/cm³.

À titre de comparaison, celle du plomb est d’environ 11,3 g/cm³.

Cette densité explique notamment son intérêt pour certains usages nécessitant une masse importante dans un volume relativement limité.

L’uranium appauvri a ainsi été employé dans certaines applications militaires, notamment pour des munitions perforantes et certains dispositifs de protection.

Ses propriétés mécaniques et son comportement lors d’impacts à haute énergie expliquent son intérêt pour ces applications.

3. Radioactif ne signifie pas nécessairement fortement irradiant

L’uranium appauvri reste radioactif.

Mais son activité radiologique est inférieure à celle de l’uranium naturel en raison de sa composition isotopique.

Il émet principalement des particules alpha.

Ces particules possèdent un pouvoir de pénétration externe faible.

La couche superficielle de la peau constitue généralement une protection efficace contre le rayonnement alpha provenant d’une source située à l’extérieur du corps.

Cela conduit à une distinction fondamentale en radioprotection :

Le risque associé à une substance radioactive dépend non seulement de son rayonnement, mais également de la manière dont une personne peut y être exposée.

Pour l’uranium, l’incorporation de matière radioactive dans l’organisme constitue donc une situation particulièrement importante à considérer.

4. Irradiation et contamination : deux notions différentes

Ces termes sont parfois utilisés comme synonymes alors qu’ils décrivent des situations différentes.

Irradiation

Une personne est irradiée lorsqu’elle est exposée à un rayonnement provenant d’une source.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’une matière radioactive s’est déposée sur elle ou a pénétré dans son organisme.

Contamination externe

Une contamination externe survient lorsqu’une substance radioactive se dépose sur :

  • la peau ;
  • les cheveux ;
  • les vêtements ;
  • les équipements.

Contamination interne

Une contamination interne correspond à l’entrée d’une substance radioactive dans l’organisme.

Elle peut notamment se produire par :

  • inhalation ;
  • ingestion ;
  • pénétration par une plaie.

Cette distinction est essentielle pour comprendre les risques associés aux poussières contenant de l’uranium.

5. Que se passe-t-il lors de l’impact ?

Lorsqu’un projectile contenant de l’uranium appauvri frappe une cible avec une énergie importante, une partie du matériau peut se fragmenter et, selon les circonstances, produire des particules et des oxydes d’uranium.

Une partie de ces matières peut être déposée :

  • sur le véhicule touché ;
  • à l’intérieur de celui-ci ;
  • sur des débris ;
  • sur le sol environnant.

Des particules suffisamment fines peuvent également être remises en suspension dans l’air, notamment lorsque des débris ou des sols contaminés sont manipulés ou perturbés.

Le risque ne s’arrête donc pas nécessairement au moment de l’impact.

Il peut persister dans certains environnements après les combats.

6. Le risque post-conflit mérite une attention particulière

Après la fin d’un engagement militaire, les zones touchées peuvent rester accessibles à différentes populations :

  • militaires ;
  • services de secours ;
  • équipes de déminage ;
  • personnels humanitaires ;
  • autorités locales ;
  • travailleurs chargés du nettoyage ;
  • populations civiles.

Un véhicule détruit peut par exemple attirer l’attention ou être récupéré pour ses matériaux.

Or une épave ayant été frappée par une munition contenant de l’uranium appauvri peut nécessiter une évaluation spécifique.

La prévention du risque passe donc également par l’identification et la signalisation des zones potentiellement concernées.

7. Les principales voies d’exposition

Plusieurs situations doivent être distinguées.

Inhalation

L’inhalation de particules constitue une voie d’exposition importante à considérer lorsqu’un aérosol ou des poussières contenant de l’uranium sont présents.

Le risque dépend notamment :

  • de la concentration ;
  • de la taille des particules ;
  • de leur composition ;
  • de leur solubilité ;
  • de la durée d’exposition.

Ingestion

Une contamination peut également survenir par ingestion.

Le transfert de particules vers les mains, les aliments ou certains objets constitue donc un élément à prendre en compte.

Plaies

La présence de matière contaminée dans une plaie constitue également une voie possible d’incorporation.

Fragments

Dans certaines circonstances, des fragments contenant de l’uranium peuvent rester incorporés dans l’organisme après une blessure.

Ces situations nécessitent une prise en charge médicale spécialisée.

8. Un risque à la fois radiologique et chimique

Une particularité importante de l’uranium est que le risque ne doit pas être analysé uniquement sous l’angle radiologique.

L’uranium est également un métal lourd présentant une toxicité chimique.

L’évaluation d’une exposition doit donc prendre en compte deux dimensions :

Risque radiologique

Il dépend notamment de l’activité de la matière, de la voie d’exposition et de la durée pendant laquelle elle reste éventuellement présente dans l’organisme.

Risque chimique

Comme d’autres métaux lourds, l’uranium peut produire des effets toxiques indépendamment de sa radioactivité.

Les reins constituent notamment un organe important dans l’évaluation de sa toxicité chimique.

Cette double dimension explique pourquoi l’analyse du risque lié à l’uranium appauvri ne peut pas se résumer à la seule mesure du rayonnement externe.

9. Une épave militaire doit être considérée avec prudence

Dans un environnement post-conflit, un véhicule détruit peut présenter de nombreux dangers indépendamment de l’uranium appauvri :

  • munitions non explosées ;
  • carburants ;
  • batteries ;
  • produits chimiques ;
  • matériaux brûlés ;
  • métaux ;
  • structures instables ;
  • résidus d’incendie ;
  • autres substances dangereuses.

La présence éventuelle d’uranium appauvri ajoute une dimension supplémentaire.

La règle de prévention doit donc rester simple :

Une épave militaire ou une zone d’impact inconnue ne doit jamais être considérée comme sûre sur la seule base d’une inspection visuelle.

10. Conduite générale face à une zone suspecte

Pour une personne non spécialisée, l’objectif prioritaire n’est pas d’identifier elle-même la contamination.

Il consiste à éviter de créer une exposition supplémentaire.

Face à une zone ou un matériel potentiellement concerné :

  • ne pas manipuler les fragments ou débris ;
  • ne pas récupérer de pièces comme souvenirs ;
  • éviter de pénétrer inutilement dans les véhicules détruits ;
  • éviter les actions susceptibles de remettre des poussières en suspension ;
  • ne pas manger, boire ou fumer dans une zone suspecte ;
  • respecter les périmètres et consignes établis ;
  • signaler la situation aux autorités ou spécialistes compétents.

L’évaluation radiologique doit être réalisée par des personnels disposant des compétences et des équipements appropriés.

11. La protection respiratoire ne s’improvise pas

Le texte initial présentait le masque à cartouche comme une solution générale.

Cette approche doit être nuancée.

L’efficacité d’un équipement de protection respiratoire dépend :

  • de la nature du contaminant ;
  • de la concentration ;
  • de la taille des particules ;
  • du type de filtre ;
  • de l’ajustement du masque ;
  • des conditions d’utilisation.

Un équipement mal choisi ou mal porté peut donner une fausse impression de protection.

Le choix des EPI doit donc découler d’une évaluation du risque et des procédures établies par des spécialistes NRBC/radioprotection.

12. La décontamination doit être encadrée

En présence d’une suspicion de contamination, l’objectif consiste notamment à empêcher sa propagation vers des zones propres.

Les principes généraux comprennent notamment :

  • limitation des déplacements ;
  • séparation entre zones potentiellement contaminées et zones propres ;
  • contrôle des personnes et équipements ;
  • gestion adaptée des vêtements et matériels concernés ;
  • prévention du transfert de contamination.

La procédure exacte dépend toutefois de la situation.

Elle doit être définie par les professionnels compétents.

Une personne susceptible d’avoir inhalé ou ingéré une substance radioactive doit faire l’objet d’une évaluation médicale et radiologique adaptée.

13. L’environnement peut également être concerné

La question de l’uranium appauvri dépasse la seule exposition immédiate des combattants.

Après un conflit, certains résidus peuvent persister dans l’environnement.

Les investigations peuvent notamment concerner :

  • les sols ;
  • les poussières ;
  • les débris ;
  • certains points d’impact ;
  • les épaves ;
  • éventuellement l’eau ou d’autres compartiments environnementaux selon le contexte.

La contamination n’est pas nécessairement homogène.

Des concentrations plus importantes peuvent exister à proximité de certains impacts ou débris.

L’évaluation environnementale doit donc être fondée sur des mesures et une caractérisation du terrain, et non sur de simples suppositions.

14. Que sait-on des conséquences sanitaires ?

La question des effets sanitaires de l’uranium appauvri a fait l’objet de nombreuses études et controverses.

Il convient ici d’éviter deux affirmations extrêmes :

« L’uranium appauvri est totalement inoffensif. »

et

« Toute exposition provoque nécessairement des cancers ou des malformations. »

Aucune de ces deux formulations ne permet une analyse rigoureuse du risque.

Les conséquences potentielles dépendent notamment :

  • de la quantité incorporée ;
  • de la voie d’exposition ;
  • de la forme physico-chimique ;
  • de la durée d’exposition ;
  • des caractéristiques individuelles.

Les organismes internationaux et autorités sanitaires continuent donc de distinguer danger potentiel et risque réellement associé à une exposition donnée.

15. Uranium appauvri et « syndrome de la guerre du Golfe »

Les problèmes de santé signalés par certains vétérans de la guerre du Golfe ont donné lieu à de nombreux travaux scientifiques.

Il serait toutefois incorrect d’attribuer automatiquement l’ensemble du syndrome de la guerre du Golfe à l’uranium appauvri.

Les personnels concernés ont pu être exposés à de multiples facteurs.

L’établissement d’une relation causale nécessite donc des études épidémiologiques et médicales rigoureuses.

Cette prudence scientifique est essentielle.

La reconnaissance d’un risque potentiel ne doit pas conduire à attribuer automatiquement à une seule substance l’ensemble des pathologies observées après un conflit.

16. L’importance de la cartographie post-conflit

Lorsqu’une zone a été concernée par l’emploi de munitions contenant de l’uranium appauvri, la connaissance des lieux d’utilisation peut faciliter :

  • la reconnaissance ;
  • les mesures radiologiques ;
  • les prélèvements ;
  • la sécurisation ;
  • la dépollution ;
  • l’information des populations ;
  • le suivi environnemental.

La traçabilité des zones concernées constitue donc un élément important de la prévention post-conflit.

Elle permet de concentrer les investigations là où elles sont réellement nécessaires.

Points de vigilance

Ne pas confondre radioactivité et danger immédiat

La présence d’une matière radioactive ne signifie pas automatiquement qu’une personne se trouvant à proximité recevra une dose dangereuse.

Ne pas sous-estimer l’incorporation

Pour un émetteur principalement alpha comme l’uranium, l’entrée de matière dans l’organisme constitue une situation différente de l’exposition externe.

Ne pas improviser les EPI

Un masque ou une combinaison ne constitue pas automatiquement une protection adaptée à toutes les situations NRBC.

Ne pas manipuler les débris

Un fragment métallique inconnu provenant d’une zone de combat ne doit pas être récupéré ou déplacé sans nécessité.

Ne pas tirer de conclusion sanitaire sans évaluation

La présence d’uranium appauvri ne permet pas à elle seule d’attribuer une maladie ou un ensemble de symptômes à cette exposition.

Bonnes pratiques

Dans un environnement potentiellement concerné par l’uranium appauvri :

  1. identifier et signaler les zones suspectes ;
  2. limiter l’accès aux personnes nécessaires ;
  3. éviter toute manipulation non indispensable ;
  4. prévenir la remise en suspension des poussières ;
  5. faire intervenir des spécialistes compétents ;
  6. mettre en place une évaluation radiologique lorsque nécessaire ;
  7. assurer une prise en charge médicale en cas de suspicion d’incorporation ;
  8. documenter les zones et événements pour faciliter le suivi.

RETEX : penser au risque après la fin des combats

L’un des principaux enseignements liés aux risques NRBC sur un terrain de conflit est que la fin de l’action militaire ne signifie pas nécessairement la disparition du danger.

Des munitions non explosées, produits chimiques, carburants, matériaux brûlés ou contaminants peuvent rester présents longtemps après les combats.

L’uranium appauvri doit être intégré à cette logique générale de gestion des risques post-conflit.

La protection ne concerne alors plus uniquement les forces engagées.

Elle peut également concerner les personnels chargés :

  • de la reconnaissance ;
  • du déminage ;
  • de la reconstruction ;
  • de la dépollution ;
  • de l’aide humanitaire ;
  • du retour des populations.

À retenir

L’uranium appauvri est moins radioactif que l’uranium naturel, mais il reste une matière radioactive et chimiquement toxique.

Le principal enjeu dans certaines situations post-impact concerne notamment la présence de particules ou de résidus susceptibles d’être incorporés par inhalation, ingestion ou blessure.

Une zone ayant fait l’objet de combats doit cependant être considérée dans son ensemble : l’uranium appauvri peut n’être qu’un danger parmi de nombreux autres risques militaires, chimiques, explosifs ou environnementaux.

La réponse appropriée repose donc sur trois principes :

identifier – éviter l’exposition – faire évaluer par des spécialistes.

Ressources et références

  • Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – Publications relatives à l’uranium appauvri et à la radioprotection
  • Organisation mondiale de la Santé (OMS) – Informations sanitaires relatives à l’uranium appauvri
  • Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) – Évaluations environnementales post-conflit
  • Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) – Radioprotection et exposition aux radionucléides
  • Comité international de la Croix-Rouge (CICR) – Conséquences humanitaires des conflits armés
  • Nations Unies – Travaux et rapports relatifs aux effets de l’utilisation de l’uranium appauvri

Publication ADESS – Approche opérationnelle

ADESS – Association des Experts en Sécurité et Sûreté

Cette publication a une finalité d’information, de prévention et de sensibilisation aux risques NRBC. Elle ne constitue pas une procédure d’intervention radiologique, une instruction militaire ou un protocole médical. Toute suspicion de contamination radioactive nécessite l’application des procédures de l’organisation concernée et, lorsque nécessaire, l’intervention de personnels spécialisés.

Anonyme – ID : 11073544