Les compagnies d’assurance devraient-elles partager des informations sur les cyberattaques pour aider à lutter contre les rançongiciels?

9 Mar 2026 | Publications, Conseil, Etude

La multiplication des cyberattaques constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de sécurité pour les organisations publiques et privées. Parmi ces menaces, les rançongiciels (ransomware) occupent une place centrale en raison de leur impact financier, opérationnel et stratégique sur les entreprises et les institutions.

Dans ce contexte, les compagnies d’assurance spécialisées dans les risques cyber occupent une position particulière. En effet, elles sont directement confrontées aux incidents déclarés par leurs clients et disposent ainsi d’une vision privilégiée des attaques informatiques, de leurs modes opératoires et de leurs conséquences.

Ces données représentent une source d’information précieuse pour améliorer la compréhension des cybermenaces et renforcer les stratégies de prévention. Toutefois, le partage de ces informations soulève également plusieurs enjeux, notamment en matière de confidentialité commerciale, de protection des données et de responsabilité juridique.

La question se pose donc de savoir si les compagnies d’assurance devraient partager davantage d’informations sur les cyberattaques afin de contribuer à la lutte collective contre les rançongiciels.

Les bénéfices du partage d’informations sur les cyberattaques

Le partage d’informations par les compagnies d’assurance pourrait contribuer de manière significative à améliorer la compréhension des menaces numériques et à renforcer la résilience des organisations.

Améliorer la compréhension des cybermenaces

Les compagnies d’assurance disposent d’un volume important de données concernant :

  • les types d’attaques les plus fréquentes ;

  • les vulnérabilités exploitées par les cybercriminels ;

  • les secteurs économiques les plus ciblés ;

  • les conséquences financières et opérationnelles des incidents.

La mutualisation de ces informations permettrait d’identifier plus rapidement les tendances émergentes des cyberattaques et d’améliorer les dispositifs de prévention.

Une meilleure connaissance des modes opératoires utilisés par les groupes cybercriminels constitue un levier essentiel pour anticiper les attaques et renforcer la cybersécurité des organisations.

Renforcer la prévention et la sensibilisation

Le partage d’informations anonymisées pourrait également contribuer à :

  • sensibiliser les entreprises aux risques les plus courants ;

  • diffuser des bonnes pratiques en matière de cybersécurité ;

  • améliorer les politiques de gestion des risques numériques.

Les assureurs pourraient ainsi jouer un rôle important dans la diffusion de retours d’expérience permettant aux organisations de mieux comprendre les menaces auxquelles elles sont confrontées.

Réduire l’attractivité des rançongiciels

La transparence sur les attaques subies, les mécanismes d’extorsion utilisés et les stratégies de réponse pourrait également réduire l’efficacité économique des rançongiciels.

En rendant publiques certaines informations sur les techniques employées par les cybercriminels, il devient plus difficile pour ces derniers de réutiliser les mêmes méthodes.

Cette dynamique pourrait contribuer à diminuer la rentabilité de certaines attaques et à dissuader les groupes criminels.

Améliorer les modèles de gestion du risque cyber

Le partage d’informations permettrait également d’affiner les modèles de gestion du risque utilisés par les compagnies d’assurance.

Les assureurs pourraient ainsi :

  • mieux évaluer les risques cyber ;

  • proposer des couvertures plus adaptées ;

  • ajuster les primes d’assurance en fonction du niveau réel de risque.

Cette approche favoriserait le développement d’un marché de la cyberassurance plus mature et plus transparent.

Favoriser la coopération entre acteurs publics et privés

Le partage d’informations contribuerait également à renforcer la coopération entre :

  • les compagnies d’assurance ;

  • les entreprises ;

  • les experts en cybersécurité ;

  • les autorités publiques.

Une telle collaboration pourrait améliorer la capacité collective à détecter, analyser et répondre aux cybermenaces.

Les précautions nécessaires pour un partage responsable

Malgré ses nombreux avantages, le partage d’informations sur les cyberattaques doit être encadré afin d’éviter certains risques.

Garantir l’anonymisation des données

Les informations partagées doivent être anonymisées afin d’éviter toute identification des entreprises victimes d’une cyberattaque.

La protection de la réputation et des intérêts économiques des organisations concernées constitue un enjeu majeur.

Protéger les informations sensibles

Certaines données liées aux cyberattaques peuvent contenir des informations stratégiques ou confidentielles.

Il est donc essentiel de mettre en place des mécanismes permettant de garantir :

  • la confidentialité commerciale ;

  • la protection des secrets industriels ;

  • la sécurité des informations techniques.

Respecter les cadres juridiques existants

Le partage d’informations doit également respecter les réglementations en vigueur, notamment :

  • le Règlement général sur la protection des données (RGPD) ;

  • les obligations de notification des violations de données ;

  • les règles de cybersécurité applicables aux opérateurs essentiels.

Encadrer les mécanismes de coopération

Le partage d’informations devrait être organisé au sein de plateformes sécurisées, supervisées par les autorités compétentes.

Ces dispositifs permettraient de garantir un échange d’informations fiable et structuré entre les différents acteurs de l’écosystème numérique.

Les initiatives existantes en matière de coopération cyber

Plusieurs initiatives montrent déjà l’importance du partage d’informations dans la lutte contre les cybermenaces.

Au niveau européen

Le règlement DORA (Digital Operational Resilience Act) impose aux institutions financières de renforcer leur résilience numérique et encourage la coopération en matière de signalement des incidents cyber.

Ce cadre vise à améliorer la gestion des risques numériques au sein du secteur financier européen.

En France

Plusieurs institutions contribuent à la lutte contre les cyberattaques.

La CNIL insiste notamment sur l’importance de la notification des violations de données, dont une part importante est liée aux attaques par rançongiciel.

Le ministère de l’Économie encourage également la coopération entre les acteurs publics et privés afin de renforcer la protection des entreprises face aux risques numériques.

Au niveau international

La Counter Ransomware Initiative (CRI) vise à renforcer la coopération internationale dans la lutte contre les rançongiciels.

Cette initiative encourage notamment le partage d’informations entre États, entreprises et organisations internationales.

Le débat sur le paiement des rançons

Un débat important concerne également le rôle des assurances dans le paiement des rançons.

Certains experts estiment que la couverture des rançons par les assurances pourrait inciter indirectement les cybercriminels à poursuivre leurs attaques, en garantissant une certaine rentabilité de leurs activités.

D’autres considèrent au contraire que les assurances jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des entreprises victimes d’attaques et dans la gestion des crises cyber.

Ce débat souligne la nécessité d’un cadre de régulation adapté afin d’éviter que les mécanismes d’assurance ne contribuent involontairement à alimenter l’économie des rançongiciels.

Conclusion

Le partage d’informations sur les cyberattaques par les compagnies d’assurance représente une opportunité importante pour renforcer la lutte contre les rançongiciels.

En mettant en commun leurs connaissances sur les incidents et les vulnérabilités exploitées, les assureurs pourraient contribuer à améliorer la compréhension des menaces et à renforcer la résilience des organisations.

Toutefois, cette coopération doit être encadrée afin de garantir :

  • la protection des données sensibles ;

  • le respect des réglementations en vigueur ;

  • la confidentialité des informations commerciales.

Dans ce contexte, le développement d’une coopération structurée entre assureurs, entreprises, experts en cybersécurité et autorités publiques apparaît comme un élément clé pour construire un écosystème numérique plus sécurisé.

Références

DORA – Digital Operational Resilience Act
https://www.assuralia.be/fr/article/.dora-un-defi-majeur-pour-les-compagnies-dassurance

CNIL – Notification des violations de données
https://www.cnil.fr

Ministère de l’Économie – Protection des entreprises contre les risques cyber
https://www.economie.gouv.fr

ANSSI – Counter Ransomware Initiative
https://cyber.gouv.fr

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