Les risques NRBC-e (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques et explosifs) représentent aujourd’hui l’une des menaces les plus complexes auxquelles les États et les sociétés contemporaines doivent faire face.
Ces risques peuvent résulter d’accidents industriels, de catastrophes technologiques ou d’actes criminels ou terroristes, impliquant la diffusion de substances dangereuses dans l’environnement.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques accrues, la menace NRBC-e connaît une évolution préoccupante, nécessitant une vigilance renforcée et une préparation adaptée des autorités publiques et des acteurs de la sécurité.
Une menace stratégique en mutation
Depuis la fin de la guerre froide, la perception des risques liés aux armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques a profondément évolué.
Selon un rapport d’information de l’Assemblée nationale sur la défense NRBC (2022), plusieurs facteurs contribuent à l’augmentation de ces risques :
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la remise en cause de certains traités internationaux de contrôle des armements,
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la poursuite de programmes nucléaires militaires dans plusieurs régions du monde,
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l’emploi avéré d’armes chimiques dans certains conflits contemporains,
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l’émergence de conflits hybrides, mêlant opérations conventionnelles et actions asymétriques.
Dans ce contexte, l’utilisation de moyens NRBC, y compris à petite échelle ou de manière discrète, peut produire des effets stratégiques majeurs sur les populations civiles et les infrastructures critiques.
Définition de la menace NRBC-e
La menace NRBC-e peut être définie comme :
la capacité et la volonté d’un acteur hostile d’acquérir, de posséder ou d’utiliser des substances nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques ou des explosifs à des fins malveillantes.
Ces menaces présentent plusieurs caractéristiques :
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impact potentiellement massif sur les populations
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effets durables sur l’environnement
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difficulté d’identification rapide de l’agent utilisé
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nécessité d’une réponse interdisciplinaire et coordonnée
Les conséquences peuvent être sanitaires, environnementales, économiques et psychologiques.
Le dispositif français de lutte contre les risques NRBC-e
En France, la gestion de la menace NRBC-e repose sur un dispositif interministériel coordonné au plus haut niveau de l’État.
Ce dispositif s’articule notamment autour de :
Le comité stratégique NRBC-e (COMSTRAT-NRBCE)
Présidé par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), ce comité coordonne la stratégie nationale de prévention et de réponse aux menaces NRBC-e.
La commission interministérielle sur les explosifs (CIEX)
Placée sous l’autorité du cabinet du Premier ministre, elle coordonne les actions relatives à la prévention et à la gestion des risques liés aux explosifs.
Une réponse fondée sur deux piliers : prévention et intervention
Le dispositif national repose sur deux axes complémentaires.
La prévention
La prévention repose sur un ensemble de mesures réglementaires et de contrôle visant à limiter l’accès aux substances et équipements sensibles.
Cela comprend notamment :
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le contrôle des matières dangereuses
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la surveillance des installations sensibles
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la coopération internationale en matière de non-prolifération
L’intervention opérationnelle
En cas d’incident ou d’attaque NRBC-e, l’intervention repose sur une organisation graduée.
Les primo-intervenants
Ils interviennent immédiatement sur le terrain :
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police nationale
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gendarmerie nationale
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sapeurs-pompiers
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services médicaux d’urgence (SAMU)
Ils disposent d’équipements spécialisés pour :
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assurer leur propre protection
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prendre en charge les victimes
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sécuriser la zone contaminée
Les unités spécialisées
Dans un second temps, des moyens nationaux spécialisés interviennent pour :
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identifier l’agent contaminant
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mettre en œuvre les procédures de décontamination
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coordonner la gestion de crise à plus grande échelle
La planification capacitaire de l’État
Afin d’anticiper ces menaces, l’État français définit régulièrement des objectifs capacitaires.
À la suite des recommandations du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013, le SGDSN a élaboré un contrat général interministériel (CGI) fixant les capacités civiles nécessaires à la sécurité nationale.
Plus récemment, un contrat capacitaire interministériel de lutte contre le terrorisme NRBC (CCI NRBC) 2021-2024 a été mis en place.
Ce dispositif détermine :
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les capacités opérationnelles nécessaires
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le niveau d’engagement de chaque ministère
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les moyens mobilisables en cas de crise NRBC
Un enjeu majeur de sécurité globale
La gestion des risques NRBC-e dépasse aujourd’hui le cadre strict de la défense militaire.
Elle concerne également :
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la sécurité civile
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la protection des populations
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la résilience des infrastructures critiques
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la gestion des crises sanitaires et environnementales
Face à ces menaces, la coopération entre acteurs publics, services de sécurité, experts scientifiques et acteurs privés constitue un élément essentiel de la préparation et de la réponse aux crises.
Conclusion
Les risques NRBC-e représentent une menace stratégique complexe et évolutive, susceptible d’affecter directement la sécurité des populations et la stabilité des États.
La réponse à ces risques repose sur une approche globale, associant prévention, préparation opérationnelle et coordination interministérielle.
Dans ce contexte, le renforcement de la culture du risque, de la formation des acteurs de sécurité et de la coopération entre institutions constitue un enjeu majeur pour assurer la résilience face à ces menaces.
Col(er) Claude LEFEBVRE – ID : 7319855

