Vers une nouvelle stratégie européenne de sécurité : une évolution de la conception européenne de la sécurité

Vers une nouvelle stratégie européenne de sécurité : une évolution de la conception européenne de la sécurité

Introduction

L’Union européenne prépare l’adoption d’une nouvelle stratégie européenne de sécurité dont la publication est attendue au cours du troisième trimestre 2026. Cette initiative intervient dix ans après la Stratégie globale de l’Union européenne de 2016 et quatre ans après l’adoption de la Boussole stratégique pour la sécurité et la défense.

L’objectif poursuivi dépasse largement la simple actualisation d’un document stratégique. Les institutions européennes souhaitent désormais disposer d’un cadre cohérent capable d’intégrer l’ensemble des dimensions de la sécurité européenne dans un contexte marqué par une dégradation rapide de l’environnement géopolitique. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, l’intensification des rivalités entre puissances, la multiplication des attaques hybrides, les cyberattaques, les pressions économiques, les dépendances technologiques et les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement conduisent progressivement l’Union à redéfinir sa propre conception de la sécurité.

Cette évolution constitue une étape importante dans la construction de la politique européenne de sécurité, en cherchant à rapprocher des domaines jusqu’à présent traités de manière relativement sectorielle.


Une évolution progressive de la pensée stratégique européenne

La réflexion stratégique européenne ne débute pas en 2026.

En 2003, l’Union européenne adopte sa première Stratégie européenne de sécurité, intitulée Une Europe sûre dans un monde meilleur. Élaborée sous l’autorité de Javier Solana, elle intervient dans un contexte profondément différent de celui que connaît aujourd’hui le continent européen. Les principales préoccupations portent alors sur le terrorisme international, la prolifération des armes de destruction massive, les conflits régionaux, les États fragiles et la criminalité organisée. L’Europe se perçoit alors comme un espace relativement stable dont la sécurité dépend principalement de la prévention des crises extérieures.

Treize années plus tard, la Stratégie globale de l’Union européenne de 2016 traduit une première rupture. L’annexion de la Crimée, le Brexit, les tensions internationales croissantes et l’évolution de l’environnement stratégique conduisent l’Union à adopter une approche qualifiée de « pragmatisme fondé sur les principes ». La résilience devient progressivement un concept central de la politique européenne, tandis que la sécurité des voisins orientaux et méridionaux prend une importance accrue.

En 2022, quelques semaines après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, la Boussole stratégique renforce encore cette évolution. Pour la première fois, la Russie est identifiée comme une menace directe et durable pour la sécurité européenne. L’Union affirme davantage sa volonté de développer ses capacités de défense, d’améliorer sa préparation opérationnelle et de renforcer sa coopération avec ses partenaires.

La stratégie actuellement en préparation s’inscrit dans cette continuité tout en franchissant une nouvelle étape : celle d’une approche globale de la sécurité.


Une conception élargie de la sécurité européenne

L’un des principaux enseignements des travaux préparatoires est l’élargissement progressif de la notion même de sécurité.

Pendant longtemps, les politiques européennes distinguaient relativement clairement les questions de défense, les politiques économiques, la cybersécurité, la protection civile ou encore la politique industrielle. Les événements récents démontrent toutefois que ces domaines sont désormais étroitement liés.

Une cyberattaque peut affecter un réseau électrique, perturber une chaîne logistique, fragiliser un secteur industriel ou provoquer des conséquences économiques majeures. De la même manière, une dépendance technologique peut devenir un enjeu stratégique lorsqu’elle concerne des composants essentiels, des infrastructures numériques ou des ressources critiques.

La future stratégie devrait ainsi adopter une approche dite « à 360 degrés », intégrant simultanément la défense, la cybersécurité, la sécurité économique, la protection des infrastructures critiques, la résilience sociétale, les technologies émergentes, les chaînes d’approvisionnement et les partenariats internationaux.

Cette évolution traduit une transformation profonde de la manière dont l’Union européenne définit désormais sa propre sécurité.


Les facteurs ayant conduit à cette évolution

Plusieurs phénomènes expliquent cette réorientation stratégique.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine constitue évidemment l’élément déclencheur le plus visible. Elle a remis au premier plan les questions de défense conventionnelle, de préparation militaire, de production industrielle de défense et de soutien aux États partenaires.

Dans le même temps, les attaques hybrides se sont multipliées. Les campagnes de désinformation, les cyberattaques, les sabotages, les intrusions de drones, les manipulations de l’information ou encore les pressions économiques démontrent que les menaces contemporaines ne se limitent plus aux conflits armés traditionnels.

L’Union européenne doit également faire face à des dépendances importantes dans certains secteurs stratégiques, notamment pour les matières premières critiques, les technologies numériques et certaines chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces vulnérabilités sont désormais considérées comme des enjeux de sécurité à part entière.

Enfin, l’évolution des relations transatlantiques et les débats sur le partage des responsabilités en matière de défense conduisent les États membres à renforcer progressivement leur autonomie stratégique tout en maintenant une coopération étroite avec l’OTAN.


Les principales orientations attendues

Les travaux préparatoires publiés par le Service de recherche du Parlement européen laissent apparaître plusieurs axes majeurs.

La future stratégie devrait consolider les capacités de défense européennes, renforcer la préparation opérationnelle des États membres, soutenir le développement de la base industrielle et technologique de défense européenne et favoriser une meilleure coordination des investissements.

Elle devrait également renforcer la résilience des infrastructures critiques, développer les capacités de cybersécurité, améliorer la lutte contre les menaces hybrides, réduire les dépendances stratégiques et mieux intégrer les dimensions économiques, énergétiques et technologiques dans les politiques de sécurité.

Une attention particulière devrait être portée à l’innovation, aux technologies émergentes et à la coopération avec l’Ukraine, tout en poursuivant le renforcement des partenariats internationaux, notamment avec l’OTAN, les Nations Unies et plusieurs partenaires stratégiques.


Une évolution de la gouvernance européenne

Au-delà des mesures concrètes, cette stratégie illustre une évolution de la gouvernance européenne.

La sécurité n’est plus envisagée comme un ensemble de politiques indépendantes mais comme un système global nécessitant une coordination permanente entre les politiques de défense, les politiques industrielles, la cybersécurité, la recherche, l’innovation, la politique énergétique, la politique commerciale et les mécanismes de résilience.

Cette approche ne remet pas en cause les compétences des États membres en matière de sécurité nationale. Elle vise davantage à renforcer la cohérence des instruments européens existants et à améliorer leur articulation face à des menaces de plus en plus interconnectées.


Regards du SEEEI

La préparation d’une nouvelle stratégie européenne de sécurité traduit une évolution importante de la pensée stratégique de l’Union européenne.

L’Europe ne considère plus la sécurité comme la simple addition de politiques sectorielles. Elle tend progressivement vers une approche globale intégrant simultanément la défense, la sécurité intérieure, la résilience, les technologies critiques, la cybersécurité, l’économie, l’énergie et les infrastructures essentielles.

Cette évolution reflète la transformation de la nature même des menaces contemporaines, désormais caractérisées par leur caractère hybride, multidimensionnel et transnational.

La future stratégie ne devrait donc pas être analysée uniquement comme un document relatif à la défense. Elle pourrait constituer le nouveau cadre de référence de la sécurité européenne pour les prochaines années et influencer durablement les politiques publiques conduites par les institutions européennes et les États membres.


Lecture méthodologique

Cette analyse repose principalement sur le document préparatoire publié en juillet 2026 par le Service de recherche du Parlement européen (EPRS) consacré à la future stratégie européenne de sécurité, complété par l’examen des principales stratégies européennes adoptées depuis 2003. Elle s’inscrit dans une démarche d’analyse institutionnelle fondée sur des sources ouvertes et vise à éclairer les évolutions de la politique européenne de sécurité sans intervenir dans les prérogatives opérationnelles des institutions concernées.


Cet article a été élaboré avec l’assistance d’outils d’intelligence artificielle. Son contenu a fait l’objet d’une vérification, d’une relecture et d’une validation humaine par l’ADESS avant sa publication.